
Une revue de la littérature réalisée par la FDVF, recoupant les articles de Dermatologie des journaux scientifiques les plus pertinents, sortis les 6 derniers mois (plus de 800 articles examinés). Nous sélectionnons 30 sujets qui pourraient intéresser les jeunes (et moins jeunes) dermatologues avec pour objectif de présenter des thèmes variés et de tenter d’en proposer une lecture critique dans de courts résumés.
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ONCODERMATOLOGIE
Le nivolumab en traitement adjuvant représente aujourd'hui un standard dans la prise en charge du mélanome réséqué à haut risque (stades IIIB–C et IV), mais les données de survie au-delà de 7 ans restaient limitées. CheckMate 238 est un essai de phase 3 randomisé en double aveugle comparant nivolumab (3 mg/kg toutes les 2 semaines) à ipilimumab (10 mg/kg toutes les 3 semaines) pendant un an chez 906 patients. À un suivi minimum de 9 ans (107 mois), la survie sans récidive médiane est de 61,1 mois sous nivolumab contre 24,2 mois sous ipilimumab (HR 0,76 ; IC95% 0,63–0,90), soit 44 % vs 37 % à 9 ans. Chez les patients de stade III, la survie sans métastase à distance dépasse 9 ans avec le nivolumab contre 7 ans avec l'ipilimumab (54 % vs 48 % à 9 ans ; HR 0,81). La survie globale à 9 ans est de 69 % vs 65 % (HR 0,88), sans différence statistiquement significative entre les deux bras. Le taux de décès par mélanome à 9 ans est de 26 % vs 30 % (HR 0,87). Il n’y avait pas d’impact de l’heure d’administration de l’immunothérapie (avant ou après 13h). Moins de patients dans le bras nivolumab ont nécessité un traitement systémique ultérieur (37,3 % vs 44,6 %). Aucun nouvel événement indésirable tardif n'est rapporté (mais évaluation limitée à 100 jours après la fin du traitement). Parmi les limites, l'absence de bras placebo — ipilimumab étant un comparateur actif — réduit la puissance pour détecter une différence de survie globale. Par ailleurs, l'analyse circadienne du moment d'administration reste post hoc et non randomisée, rendant ses conclusions exploratoires. Ces données consolidées à 9 ans confirment néanmoins le nivolumab comme traitement adjuvant de référence en comparaison à l’ipilimumab.
Ascierto PA, Del Vecchio M, Merelli B, et al. Nivolumab for Resected Stage III or IV Melanoma at 9 Years. N Engl J Med. 2026;394(4):333-342. doi:10.1056/NEJMoa2504966
DOI: 10.1001/jamadermatol.2025.4081
Le séquençage du récepteur T (TCR) par NGS offre une sensibilité supérieure à la PCR classique pour détecter les clones malins dans la MF et le SS, mais les patterns clonotypiques selon les stades et sous-types restent mal définis. Cette étude rétrospective monocentrique (City of Hope) analyse 125 patients MF/SS (stades IA–IVB) ayant bénéficié d'un séquençage NGS des chaînes TCRβ (TCRB) et TCRγ (TCRG) sur biopsies cutanées. Au moins un clone TCRB ou TCRG est détecté chez 78 % des patients, avec une fréquence plus élevée aux stades avancés — le TCRG étant plus souvent clonable que le TCRB (74 % vs 58 % des patients). Parmi les clonotypes TCRB, Vb20 se distingue nettement : il est retrouvé chez 7/17 patients avec folliculotropisme et transformation en grandes cellules (41 % vs 0 % ; p < 0,001), et chez 8/38 patients en stade avancé (21 % vs 0 % ; p = 0,01). En analyse multivariée, Vb20 reste indépendamment associé à une survie globale réduite (HR 4,42 ; IC95 % 1,28–15,18). Six des huit patients porteurs de Vb20 présentaient une colonisation à SARM, et tous développent des tumeurs au cours de l'évolution. Du côté TCRG, Vg8 est significativement plus fréquent aux stades avancés (47 % vs 21 % ; p = 0,01) et constitue également un facteur pronostique indépendant (HR 4,70 ; IC95 % 1,31–16,94). Enfin, plus le PTRG est élevé (clone tumoral est dominant), plus les cellules tumorales expriment PD-1 et ICOS — deux marqueurs d'activation/épuisement lymphocytaire — ouvrant une perspective thérapeutique pour les inhibiteurs de checkpoint. En revanche, aucune corrélation n'est retrouvée avec PD-L1. Les limites incluent le design rétrospectif, l'effectif modeste et l'hétérogénéité des traitements antérieurs, rendant impossible toute inférence causale.
Crisan LL, Li SJ, Afkhami M, et al. T-Cell Receptor Clonotypes and Aggressive Subtypes in Cutaneous T-Cell Lymphoma. JAMA Dermatol. 2026;162(1):8-14. doi:10.1001/jamadermatol.2025.4081
DOI: 10.1001/jamadermatol.2025.3078
L’incidence du mélanome in situ explose, posant la question du surtraitement par excision large systématique. Cette étude sur 401 patients évalue les récidives après réalisation d’une biopsie-exérèse aux marges saines, sans reprise chirurgicale standard. Le design rétrospectif monocentrique et l'évolution des critères diagnostiques sur 32 ans imposent toutefois la prudence. Cette cohorte rétrospective suit 401 patients (403 lésions) diagnostiqués entre 1991 et 2023, avec un suivi médian de 5,2 ans. Les résultats mettent en évidence une absence totale de récidive locale, de métastase ou de décès spécifique chez les patients présentant des marges histologiquement saines, qu'ils aient bénéficié ou non d'une excision large complémentaire. Plus précisément, sans excision large : 30 patients aux marges initiales saines n'ont présenté aucune récidive après un suivi médian de 8,1 ans. Avec des marges étroites : 23 patients traités avec des marges de sécurité inférieures à 0,5 cm ne présentent aucune récidive après 4,3 ans. L’unique cas de récidive (évoluant en mélanome invasif de 0,8 mm) concerne un patient dont les marges initiales étaient envahies et qui avait refusé la reprise chirurgicale. Ces données suggèrent qu'une biopsie-exérèse complète aux marges saines pourrait suffire pour les MIS de sous-types non-lentigo maligna (non-LM) et non acraux. Toutefois, le caractère monocentrique, le recul variable et l'absence de standardisation diagnostique sur trois décennies constituent des biais notables. Des essais multicentriques prospectifs sont indispensables avant d'envisager une désescalade thérapeutique.
Dessinioti C, Befon A, Plaka M, et al. Local Recurrence and Survival in Patients With Melanoma In Situ. JAMA Dermatol. Published online September 3, 2025. doi:10.1001/jamadermatol.2025.3078
DOI: 10.1001/jamadermatol.2025.3238
La prévention des cancers cutanés constitue un enjeu majeur en dermatologie, notamment pour les patients à haut risque. Le nicotinamide, dérivé de la vitamine B3, est utilisé depuis plusieurs années comme stratégie de prévention des cancers cutanés, elle a fait d’ailleurs l'objet d’un essai randomisé de phase 3 ayant montré une réduction du nombre de nouveaux cancers cutanés chez des patients ayant déjà un antécédent de carcinome. Toutefois, les données à grande échelle restent limitées, en particulier concernant l’efficacité réelle en pratique courante, le moment optimal d’introduction du traitement et son impact chez des populations spécifiques comme les transplantés d’organes solides. Cette étude observationnelle rétrospective de grande ampleur évalue l’efficacité clinique du nicotinamide à partir des données du Veterans Affairs Corporate Data Warehouse. Elle inclut 33 822 patients, dont 12 287 exposés au nicotinamide (500 mg deux fois par jour pendant plus de 30 jours), appariés par score de propension à 21 479 patients non exposés. Le critère de jugement principal repose sur le calcul du délai entre l’initiation du traitement par Nicotinamide et la survenue d’un cancer cutané. Les résultats montrent une réduction globale significative de 14 % du risque de cancer cutané chez les patients traités par nicotinamide (HR 0,86 ; IC95 % 0,82–0,89). La réduction du risque pour les carcinomes épidermoïdes cutanés spécifiquement est de 22 % (HR 0,78 ; IC95 % 0,75–0,82), tandis qu’aucune réduction globale significative n’est observée pour les carcinomes basocellulaires. L’efficacité du nicotinamide dépend également du moment de son introduction, il semble qu’une introduction précoce notamment après le premier cancer cutané est plus efficace avec, dans cette étude, une réduction du risque de nouveau carcinome d’environ 50 % dans ce sous-groupe. Cet effet sur la diminution du risque diminue progressivement si le traitement est commencé après plusieurs cancers cutanés. Un bénéfice est déjà observé dès 30 jours de traitement, avec un bénéfice qui ne semble pas persister après 1 an de traitement. Pour le sous-groupe des transplantés d’organes solides, sous-groupe particulièrement intéressant en raison du risque très majoré de carcinomes cutanés, aucun bénéfice global significatif n’est mis en évidence. Néanmoins, une analyse de sous-groupe suggère une réduction significative du risque de carcinome épidermoïde chez les patients transplantés ayant présenté seulement un ou deux cancers cutanés avant l’introduction du nicotinamide (HR 0,47 ; IC95 % 0,23–0,97), suggérant un intérêt potentiel d’une introduction précoce dans cette population. Concernant les limites de l’étude, son caractère rétrospectif expose à des biais résiduels malgré un appariement rigoureux. La population étudiée est majoritairement masculine et caucasienne, limitant la généralisation des résultats. Enfin, une exposition non documentée au nicotinamide en vente libre pourrait sous-estimer l’effet réel du traitement. En conclusion, cette étude confirme, à grande échelle, l’association entre nicotinamide et réduction du risque de cancers cutanés, en particulier des carcinomes épidermoïdes, avec un bénéfice maximal lorsque le traitement est instauré précocement après le premier cancer cutané.
Arron ST. Nicotinamide for Skin Cancer Chemoprevention. JAMA Dermatol. 2025;161(11):1105-1106. doi:10.1001/jamadermatol.2025.3237
DOI : 10.1016/j.jaad.2025.07.002
Le mélanome est la malignité la plus fréquemment diagnostiquée pendant la grossesse dans plusieurs pays. Pourtant, l’effet de la grossesse sur les nævi mélanocytaires reste débattu. Environ 30 % des femmes enceintes rapportent des modifications de leurs nævi, mais la fréquence et la nature des changements dermoscopiques associés à la grossesse sont encore mal définies. Cette étude prospective multicentrique cas-témoins vise à mieux caractériser ces modifications. Elle inclut des femmes enceintes et leurs sœurs biologiques comme groupe contrôle afin de limiter les différences génétiques et environnementales. L’analyse finale porte sur 32 paires de sœurs et 1962 nævi, dont 1046 chez les femmes enceintes et 916 chez les témoins. Les lésions sont documentées par dermoscopie numérique au début de la grossesse, pendant la grossesse puis six mois après l’accouchement. Les femmes enceintes présentent significativement plus de modifications dermoscopiques que les contrôles (26,3 % des nævi contre 4,8 %, p < 0,0001). Les changements observés correspondent principalement à un agrandissement des lésions (11,2 % vs 0,8 %, p < 0,0001), des modifications des dots et globules (5 % vs 2,3 %, p = 0,028), un assombrissement pigmentaire (8,8 % vs 0,6 %, p = 0,003) et plus rarement un éclaircissement (2,7 % vs 0,2 %, p = 0,016). Les modifications sont plus fréquentes sur les zones de peau étirée comme l’abdomen et les seins, mais elles surviennent également sur les autres sites. Près de 90 % des changements persistent après l’accouchement. Les lésions suspectes évaluées en microscopie confocale conduisent à l’excision de quatre nævi dysplasiques, sans diagnostic de mélanome. Les limites incluent un effectif relativement restreint, l’absence d’aveugle, une possible variabilité liée au matériel dermoscopique et des difficultés de recrutement pendant la pandémie de COVID-19. En pratique, les modifications dermoscopiques des nævi sont fréquentes pendant la grossesse et le plus souvent physiologiques, mais elles doivent rester surveillées afin de ne pas méconnaître un mélanome.
Faria Licarião Rocha LK, Nunes Gallo BM, Guitera P, et al. Dermoscopic changes in acquired melanocytic nevi during and after pregnancy: A case-control prospective study. J Am Acad Dermatol. 2025;93(5):1296-1299. doi:10.1016/j.jaad.2025.07.002
DOI : 10.1111/jdv.20708
Les immunothérapies par anti-PD1 (nivolumab, pembrolizumab) et les thérapies ciblées anti-BRAF/anti-MEK (dabrafenib et trametinib) constituent aujourd’hui le standard du traitement adjuvant des mélanomes de stade III–IV réséqués, avec un bénéfice démontré sur la survie sans récidive. Néanmoins, une proportion non négligeable de patients rechute malgré au cours ou suite à une première ligne adjuvante. Lorsque la récidive est opérable, une seconde ligne de traitement adjuvant est généralement initiée. Peu de données sont disponibles concernant l’efficacité et la séquence thérapeutique optimale d’une seconde ligne de traitement adjuvante chez les patients ayant progressé pendant ou après une première ligne. Cette étude rétrospective multicentrique inclut 66 patients ayant rechuté après un premier traitement adjuvant puis ayant été opérés en totalité de leur récurrence avant une seconde ligne adjuvante. La survie sans récidive à 12 mois et à 24 mois est significativement meilleure avec une seconde ligne de traitement adjuvant par anti-BRAF/anti-MEK que par un anti-PD-1 (90,6% versus 70,6% à 12 mois ; HR 4.226). Ce résultat est valable quel que soit le traitement adjuvant initial chez les patients mutés BRAF. Chez ces patients, un changement de classe thérapeutique semble bénéfique : le switch d’un anti-PD-1 vers la thérapie ciblée est associée à une meilleure survie sans récidive que la séquence inverse (HR = 4,401). Par ailleurs, une seconde ligne de thérapie ciblée adjuvante ou d’immunothérapie adjuvante est associée une efficacité sur la survie sans récidive à 1 an similaire à celle observée en première ligne. Enfin, la survie globale à 12 et 24 mois est de 100% dans les deux groupes de l’étude. Les principales limites sont le caractère rétrospectif, l’effectif réduit (66 patients) et l’hétérogénéité des traitements antérieurs. De plus, certaines analyses reposent sur de petits sous-groupes, ce qui limite la robustesse des conclusions sur le séquençage optimal. Enfin, le suivi reste relativement court pour évaluer pleinement l’impact sur la survie globale.
Schumann K, Klespe KC, Mauch C, Loquai C, Schultheis U, Börger S, Thiem A, Emmert S, Hoellwerth M, Kölblinger P, Nguyen VA, Wanner M, Richtig E, Peitsch WK, Harth W, Zenderowski V, Braun AD, Mengoni M, Dummer R, Mangana J, Maul LV, Meiß F, Rappersberger K, Persa OD, Biedermann T, Posch C. Switching PD-1 to BRAF + MEK inhibition improves recurrence-free survival in patients receiving a second course of adjuvant melanoma therapy. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2025 Nov;39(11):1987-1996. doi: 10.1111/jdv.20708. Epub 2025 May 7. PMID: 40331873; PMCID: PMC12553123.
DERMATOLOGIE INFLAMMATOIRE
DOI : 10.1001/jamadermatol.2025.2714
Le psoriasis est une maladie inflammatoire chronique pour laquelle les biothérapies ont profondément modifié la prise en charge des formes modérées à sévères. Malgré leur efficacité, de nombreux patients doivent changer de traitement biologique au cours du suivi. Les raisons sont multiples : échec primaire, échec secondaire (perte secondaire d’efficacité ou « biologic fatigue »), effets indésirables ou raisons économiques. Cette méta-analyse vise à mieux caractériser l’efficacité à court terme et à long terme et la sécurité du switch inter-classe de biothérapies chez les patients atteints de psoriasis.
il s’agit d’une méta-analyse de 24 essais contrôlés randomisés incluant 12 661 patients. Les résultats montrent qu’un switch vers une autre classe de biothérapie permet une amélioration de l’efficacité clinique à court terme et à long terme, avec une augmentation significative des réponses PASI 75, PASI 90 et PASI 100. À court terme, le switch vers un anti-IL17 permet une efficacité rapide. En effet, le passage d’un anti-TNFα vers un anti-IL17A permet une amélioration rapide, dès 4 semaines. De la même manière, le switch d’un anti-IL12/23 vers un anti-IL23 ou un anti-IL17A/F est aussi très efficace. A plus long terme, la plupart des switch aboutissait à un PASI90. En particulier, le passage d’un anti-TNFα ou d’un anti-IL-12/23 vers un anti-IL23 permettait une amélioration thérapeutique notable (OR de 23,72 et 19,87 respectivement). Sur le plan de la sécurité, le switch est associé à un risque accru d’infection, en particulier le passage d’un anti−TNFα vers un anti−IL-23, anti−IL-17A, ou anti−IL12/23. Un switch vers un anti-IL17A/F est associé à un risque notable d’infection fongique, en particulier lors d’un switch depuis un anti-TNFα. Enfin, l’efficacité et la sécurité des patients ayant eu un switch de biothérapie comparable à celle observée chez les patients poursuivant la même biothérapie.
Plusieurs limites doivent être soulignées. L’hétérogénéité des protocoles (moment et modalités du switch) complique les comparaisons. Certaines analyses reposent sur un nombre limité d’études avec des intervalles de confiance larges. Les données proviennent principalement d’essais randomisés avec des critères d’inclusion stricts, ce qui peut limiter la généralisation aux populations réelles. Enfin, le recul reste parfois insuffisant pour évaluer pleinement la sécurité à long terme des stratégies de switch.
Zhang M, Hong S, Wang Q, Sun X, Zhou Y, Luo Y, Liu L, Wang J, Wang C, Lin N, Yan J, Li X. Biopharmaceutical Switching in Psoriasis Treatment: A Systematic Review and Meta-Analysis. JAMA Dermatol. 2025 Aug 6;161(10):1029–38. doi: 10.1001/jamadermatol.2025.2714. Epub ahead of print. PMID: 40768223; PMCID: PMC12329682.
doi-org.docelec.univ-lyon1.fr/10.1111/jdv.20737
L'omalizumab est le traitement de référence de l'urticaire chronique spontanée résistante aux antihistaminiques, mais les stratégies de gestion à long terme et les prédicteurs d'adaptation posologique restent mal définis dans la pratique clinique. Cette étude rétrospective danoise analyse les patterns de traitement réels chez tous les patients adultes avec UCS traités par omalizumab dans un centre de référence UCARE sur 10 ans (2015-2024). L'étude inclut 430 patients avec un suivi médian de 3 ans. Les résultats montrent que les modifications de dose sont extrêmement fréquentes : seule une petite proportion de patients demeure à la dose standard dans le temps (9.1%). L'escalade de dose après l’initiation à dose standard concerne 32.4% des patients, principalement pour contrôle insuffisant. La réduction de dose touche également une proportion importante de patients bien contrôlés (37.5%). L'analyse multivariée identifie des prédicteurs cliniques significatifs : un test BHRA (basophil histamine release assay) positif représente le plus fort prédicteur d'escalade de dose, reflétant probablement un sous-type auto-immun (UCS de tpe IIb) souvent lié à une plus lente et mauvaise réponse à l’omalizumab. À l'inverse, le sexe masculin (HR : 1,68) et une réponse thérapeutique rapide (HR : 1,66) prédisent significativement la possibilité de réduction posologique. Les patients avec IgE basses présentent également plus de chance d'arrêt du traitement, ce qui concorde avec des résultats précédemment retrouvés dans la littérature de retrait avec succès du traitement dans cette cohorte. Les limites incluent le caractère monocentrique et l'évaluation de la réponse basée sur les dossiers médicaux plutôt que sur des scores validés. Il manque également une évaluation de l’IMC, car l’obésité est un facteur connu d’escalade des doses. Cette étude révèle la nécessité d'individualiser les stratégies thérapeutiques dans l'UCS. L'identification de caractéristiques cliniques et biologiques permettant de stratifier les patients pourrait constituer une étape vers un algorithme de traitement plus personnalisé.
Zhang DG, Nielsen ML, Sørensen JA, et al. Omalizumab dosing patterns and drug survival in adult patients with chronic spontaneous urticaria. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2025;39(10):1796-1805. doi:10.1111/jdv.20737
DOI : 10.1001/jamadermatol.2025.5443
Les essais cliniques associent les inhibiteurs de JAK à l'acné, mais leur évaluation en vie réelle pouvait jusqu’ici manquer de précision. Dans cette cohorte, les chercheurs comparent l’apparition d’acné chez des adultes traités par inhibiteurs de JAK (upadacitinib, abrocitinib) à ceux sous inhibiteurs de cytokines Th2 (dupilumab, tralokinumab) dans le cadre d’une dermatite atopique. L'analyse porte sur 2 718 utilisateurs de JAK-i appariés par score de propension à 5 404 utilisateurs de Th2-i. Le risque d'acné à 6 mois est significativement plus élevé avec les inhibiteurs de JAK (4,93 %) qu'avec les anti-Th2 (1,96 %), soit un risque relatif (RR) de 2,51. Cette vulnérabilité est maximale chez les femmes (RR 3,12) et les patients de 25 à 30 ans (RR 3,69). Cependant, le risque de folliculite ou de rosacée reste stable à environ 2 % dans les deux groupes. Plus précisément, l'upadacitinib présente un risque accru par rapport au dupilumab (RR 3,20), tout comme l'abrocitinib (RR 2,16). Par ailleurs, aucune différence significative n'est observée entre le tralokinumab et le dupilumab (RR 1,38). Ainsi, cette étude, représentative de la pratique américaine, met en avant le risque de développer de l’acné sous JAK-i et souligne l'importance d'informer les patients sur ce risque, même à faible dose. Toutefois, les données manquent concernant les doses élevées (l'upadacitinib était prescrit à 15 mg dans 95,5 % des cas) et la sévérité initiale de la DA, ce qui pourrait influencer les résultats.
Schneeweiss MC, Wyss R, Anand P, et al. Risk of Acne in Patients With Atopic Dermatitis Starting a JAK Inhibitor vs Th2 Cytokine Inhibitor. JAMA Dermatol. Published online January 21, 2026. doi:10.1001/jamadermatol.2025.5443
DOI : 10.1016/j.jaad.2025.08.081
L’eczéma chronique des mains (ECM) est une dermatose inflammatoire fréquente, avec une prévalence annuelle de 9,1 % et des formes modérées à sévères dans plus d’un tiers des cas. Les mécanismes physiopathologiques sont multifactoriels : dermatite de contact irritative ou allergique, atopie, qui compromettent la barrière cutanée et induisent des réponses immunitaires impliquant différentes voies (Th1, Th2, Th17, Th22). Le traitement repose principalement sur l’éviction des irritants, les émollients et les dermocorticoïdes. Toutefois, il y a peu de de données concernant leur usage prolongé, qui peuvent à terme altérer la réparation de la barrière cutanée. Ainsi, de nouvelles approches thérapeutiques émergent, notamment les inhibiteurs de JAK. Le delgocitinib (pan-JAK) est approuvé en 2nde ligne dans l’ECM modéré à sévère de l’adulte. Cet essai de phase 2, randomisé, en double aveugle contre placebo, évalue l’efficacité et la tolérance du ruxolitinib topique 1,5 % (inhibiteur de JAK1/2) chez les adultes atteints d’ECM modéré à sévère non atopique. 186 patients ont été inclus, randomisés 1 :1 dans le groupe « ruxolitinib » ou « placebo ». Après 16 semaines de traitement, 53,2 % des patients traités atteignent un succès thérapeutique défini par un Investigator’s Global Assessment (IGA) de 0 (absence de lésion) ou 1 (quasi-absence de lésion) avec une amélioration ≥ 2 grades, contre 10,9 % dans le groupe placebo et ce indépendant du score IGA initial. Le traitement entraîne également une amélioration et rapide du prurit, significative dès 7 jours, ainsi qu’une diminution de la douleur cutanée et une amélioration de la qualité de vie. Les réponses cliniques (HECSI-75 et HECSI-90) sont nettement supérieures au placebo et apparaissent dès les premières semaines. Le profil de tolérance est favorable, avec peu de réactions locales et aucun événement indésirable sévère. La rhinopharyngite et les infections des voies aériennes supérieures étaient les événements associés au traitement les plus fréquents. Les limites sont une taille d’échantillon modeste, une durée de suivi limitée à 16 semaines et une population majoritairement caucasienne, limitant la généralisation des résultats. L’étude est également financée par l’industrie et inclut uniquement des formes non atopiques, ce qui limite l’extrapolation à l’ensemble du spectre de l’ECM.
Zirwas M, Fowler JF Jr, Tsianakas A, Devani AR, Halden P, Lai Z, Kuo Y, Nawaz H, Stein Gold LF. Efficacy and safety of ruxolitinib cream for the treatment of moderate to severe chronic hand eczema: Results from a 16-week, multicenter, randomized, double-blind study. J Am Acad Dermatol. 2026 Jan;94(1):32-40. doi: 10.1016/j.jaad.2025.08.081. Epub 2025 Aug 30. PMID: 40889714.
DOI: 10.1016/j.jaad.2025.07.021
L’isotrétinoïne orale reste le traitement le plus efficace de l’acné modérée à sévère, mais elle peut accentuer l’érythème post-inflammatoire et l’hyperpigmentation post-inflammatoire, tout en altérant la barrière cutanée. L’acide tranexamique (TXA) possède des propriétés anti-inflammatoires, anti-angiogéniques et inhibitrices de la mélanogenèse susceptibles d’améliorer ces manifestations. Les auteurs réalisent un essai randomisé, en double aveugle et contrôlé par placebo de 12 semaines chez des patients présentant une acné modérée à sévère. Les participants reçoivent soit isotrétinoïne 20 mg/j + TXA oral 250 mg deux fois par jour, soit isotrétinoïne seule, avec acide hyaluronique topique dans les deux groupes. Parmi les 72 patients inclus, 60 complètent l’étude (33 dans le groupe Iso+TXA et 27 dans le groupe Iso seul). Les critères d’efficacité incluent la réduction des lésions, les scores IGA et GAGS, ainsi que des mesures instrumentales de la fonction de barrière cutanée et de l’inflammation. L’association Iso+TXA montre une efficacité supérieure. À 12 semaines, 81,8 % des patients du groupe Iso+TXA atteignent une réduction ≥90 % des lésions inflammatoires, contre 30,3 % sous isotrétinoïne seule. Une amélioration ≥2 grades de l’IGA est observée chez 72,7 % vs 29,6 % des patients respectivement. L’association améliore également les séquelles inflammatoires : réduction de l’érythème post-inflammatoire de 22,54 % vs 11,49 % (p<0,001) et de l’indice de mélanine de 9,23 % vs 6,15 % (p=0,009). Les marqueurs d’inflammation diminuent significativement et la fonction barrière s’améliore avec augmentation du contenu en filaggrine (59,68 % vs 19,24 %, p<0,001). La tolérance est meilleure dans le groupe combiné, avec moins d’effets indésirables (25 % vs 75 %, p=0,039) et moins d’abandons (8,3 % vs 25 %, p=0,008). À 24 semaines, aucune récidive n’est observée dans le groupe Iso+TXA contre 18,5 % dans le groupe isotrétinoïne seule. Ces résultats suggèrent que l’association isotrétinoïne–acide tranexamique pourrait optimiser le traitement de l’acné en améliorant l’efficacité, les séquelles inflammatoires et la tolérance. Des études multicentriques de plus grande ampleur restent toutefois nécessaires pour confirmer ces résultats.
Xu B, Wu J, Xu Z, et al. Optimized combination: Isotretinoin in conjunction with oral tranexamic acid for the treatment of moderate to severe acne vulgaris-A randomized, double-blind, placebo-controlled trial. J Am Acad Dermatol. 2025;93(5):1312-1314. doi:10.1016/j.jaad.2025.07.021
Doi:10.1016/j.jaad.2025.07.039
Le syndrome des ongles jaunes (YNS) est une affection très rare (<1/1 000 000) associant classiquement xanthonychie, atteinte respiratoire et lymphœdème. Le diagnostic reste difficile car ces manifestations apparaissent rarement simultanément et la littérature repose surtout sur des séries limitées. Cette étude rétrospective internationale multicentrique analyse 111 patients suivis par des experts des pathologies unguéales. L’âge médian est de 55 ans et 53,1 % des patients sont des hommes. À la consultation initiale, seulement 20,7 % présentent la triade complète. La xanthonychie est retrouvée chez 99,1 % des patients, l’atteinte respiratoire chez 78,4 % et le lymphœdème chez 30,7 %. Le délai moyen entre le début de la xanthonychie et le diagnostic est de 3,2 ans. Les anomalies unguéales les plus fréquentes sont une courbure transversale augmentée (68,7 %), un épaississement (38,4 %), une onycholyse (37,4 %) et un ralentissement ou arrêt de croissance dans 91,6 % des cas. Les atteintes respiratoires les plus fréquentes sont la sinusite (27,6 %), la bronchectasie (21,8 %), la BPCO (20,7 %), la toux chronique (19,5 %) et l’asthme (16,1 %). Concernant les traitements, 78,4 % des patients reçoivent une thérapie, avec une durée moyenne d’environ 2 ans. Les réponses observées sont complètes dans 13,3 %, partielles dans 54,7 % et absentes dans 32 %. L’association vitamine E orale + fluconazole montre le meilleur taux de réponse complète (35,3 %), suivie de vitamine E + itraconazole (33,3 %), alors que la vitamine E seule atteint seulement 7,5 % de réponse complète. Les limites principales sont le caractère rétrospectif et non randomisé de l’étude, l’hétérogénéité des données et des protocoles thérapeutiques, ainsi que l’absence d’évaluation systématique des effets indésirables. En pratique, devant un YNS il faut rechercher systématiquement une atteinte respiratoire, réaliser un examen mycologique et discuter une prise en charge multidisciplinaire. En pratique, l’association vitamine E orale et antifongique azolé apparaît comme l’option thérapeutique la plus pertinente en première intention.
Curtis KL, Piraccini BM, Starace M, et al. Diagnosis and management of yellow nail syndrome: An international multi-institutional retrospective cohort study of 111 cases by an expert panel. J Am Acad Dermatol. 2025;93(5):1268-1276. doi:10.1016/j.jaad.2025.07.039
https://doi.org/10.1111/jdv.70119
L’acné vulgaire est une dermatose inflammatoire chronique du follicule pilo-sébacé dans laquelle la dysrégulation de la synthèse lipidique et l’hyperproduction de sébum jouent un rôle physiopathologique central. Malgré la diversité des traitements topiques et systémiques disponibles, les options thérapeutiques restent limitées chez les patients présentant une acné modérée à sévère. Le denifanstat est un inhibiteur oral réversible de la fatty acid synthase, enzyme clé de la lipogenèse. Il constitue ainsi une approche thérapeutique innovante ciblant directement un mécanisme majeur impliqué dans la physiopathologie de l’acné. Il s’agit d’un essai de phase 2 multicentrique, randomisé, en double aveugle contre placebo qui évalue l’efficacité, la tolérance et la sécurité du denifanstat chez 180 patients atteints d’acné modérée à sévère. Les participants reçoivent une dose quotidienne de denifanstat de 25 mg (n=45), 50 mg (n=44), 75 mg (n=45) ou un placebo (n=45) pendant 12 semaines. Les critères de jugements principaux sont la variation en pourcentage du nombre total de lésions par rapport à l’inclusion et la proportion de patients obtenant une amélioration d’au moins deux grades du score Investigator’s Global Assessment (IGA) à la semaine 12. À l’issue du traitement, toutes les doses de denifanstat entraînent une réduction significative du nombre total de lésions par rapport au placebo. Les médianes sont de −53,2 % pour la dose de 25 mg, −61,3 % pour 50 mg et −53,1 % pour 75 mg, contre −34,2 % dans le groupe placebo (p<0,05). La réponse clinique semble plus précoce avec la dose de 50 mg, avec une différence significative par rapport au placebo dès la deuxième semaine de traitement et maintenue jusqu’à la semaine 12. Bien qu’une proportion plus importante de patients traités par denifanstat atteigne une amélioration d’au moins deux grades du score IGA (31,1 %, 31,8 % et 22,2 % pour les doses de 25, 50 et 75 mg respectivement contre 15,6 % sous placebo), cette différence n’est pas statistiquement significative. Le traitement apparaît globalement bien toléré, avec des effets indésirables majoritairement légers à modérés (sécheresse oculaire, cutanée, conjonctivite et protéinurie transitoire), aucun événement indésirable grave imputable au traitement n’a été rapporté. La dose de 50 mg semble offrir le meilleur compromis entre efficacité clinique et tolérance. Les résultats de cette étude sont plutôt en faveur de l’inhibition de la fatty acid synthase comme approche thérapeutique innovante dans l’acné modérée à sévère. Le denifanstat est associé à une réduction significative du nombre de lésions, avec un profil de tolérance favorable. Ces données justifient la poursuite de son développement clinique, notamment à la dose de 50 mg, dans des études de phase 3 visant à confirmer son efficacité et sa place potentielle comme alternative aux rétinoïdes systémiques dans la prise en charge de l’acné.
Chen Q, Chen R, Wu L, et al. Denifanstat for moderate-to-severe acne: A Phase 2, randomized, double-blind, placebo-controlled trial. J Eur Acad Dermatol Venereol. Published online November 4, 2025. doi:10.1111/jdv.70119
https://doi.org/10.1093/bjd/ljaf500
L’utilisation des rétinoïdes topiques est un pilier du traitement de l’acné légère à modérée et concerne majoritairement des femmes en âge de procréer. Par analogie avec l’isotrétinoïne, dont la tératogénicité est bien établie, ces traitements sont classiquement déconseillés pendant la grossesse, bien que les données scientifiques disponibles restent limitées et contradictoires. Cette prudence repose davantage sur un “principe de précaution” que sur des preuves solides, ce qui peut générer une anxiété importante chez les patientes exposées de manière involontaire et conduire à des interruptions de grossesse potentiellement évitables. Dans ce contexte, l’évaluation du risque réel de malformations congénitales associé aux rétinoïdes topiques constitue un enjeu majeur de santé publique.Cette étude de cohorte nordique inclus, à partir de registres nationaux exhaustifs du Danemark, de l’Islande, de la Norvège et de la Suède, au total 3 869 586 enfants dont 2172 nourrissons exposés à un rétinoïde topique au premier trimestre. Les auteurs analysent deux éléments, la tendance à l’utilisation des rétinoïdes topiques chez les femmes âgées de 15 à 44 ans entre 2006 et 2024, ainsi que le risque de malformations congénitales majeures en cas d’exposition au premier trimestre. Concernant les résultats de cette étude, la prévalence d’utilisation des rétinoïdes topiques chez les femmes en âge de procréer augmente de façon marquée sur la période étudiée, passant de 8,7 pour 1 000 femmes en 2006 à 28,5 pour 1 000 en 2024, soit une multiplication par plus de 3 en 18 ans. Concernant le taux de malformations congénitales majeures, il est de 3,3 % chez les enfants exposés, contre 3,0 % chez les enfants non exposés, correspondant à un risque relatif ajusté non significatif de 1,10 (IC 95 % : 0,87–1,38). La comparaison avec un groupe contrôle exposé à l’acide azélaïque ou à la clindamycine topique montre des résultats similaires non significatifs (RR ajusté 1,13 ; IC 95 % : 0,87–1,47). Aucune augmentation spécifique des malformations évocatrices du “syndrome rétinoïde fœtal” n’est observée. Parmi les limites de cette étude, l’évaluation de l’exposition aux rétinoïdes topiques repose exclusivement sur les prescriptions délivrées, sans information sur l’observance réelle des patientes. Cette approche peut conduire à une mauvaise classification de l’exposition et à une atténuation d’un éventuel effet délétère. Par ailleurs, les grossesses interrompues avant 22 semaines d’aménorrhée, notamment en cas de malformations sévères, ne sont pas prises en compte, ce qui est susceptible d’entraîner une sous-estimation du risque malformatif associé aux rétinoïdes. Cette étude permet d’apporter des éléments de réassurance vis-à-vis de la prescription des rétinoïdes topiques et du risque malformatif en cas d’exposition accidentelle en début de grossesse. Cependant, l’éviction de ces traitements pendant la grossesse doit rester d’actualité car cette seule étude ne permet pas d’éliminer formellement un sur risque malformatif.
Refsum E, Furu K, Cesta CE, et al. Topical retinoid use in women of reproductive age and risk of major congenital malformations in exposed pregnancies - a Nordic cohort study. Br J Dermatol. Published online December 9, 2025. doi:10.1093/bjd/ljaf500
https://doi.org/10.1093/bjd/ljaf419
La sclérodermie localisée (morphée) est une maladie auto-immune fréquemment associée à d’autres pathologies inflammatoires ou immuno-médiées dont le profil des comorbidités reste à préciser. Cette cohorte monocentrique menée dans le Sud-Ouest de la Finlande analyse les caractéristiques cliniques et les comorbidités de 155 patients atteints de morphée sur une période de 15 ans. La cohorte est majoritairement féminine (80,6 %) avec un âge médian au diagnostic de 50 ans. Les résultats soulignent une prévalence élevée de maladies auto-immunes associées, touchant 29 % des patients. Les pathologies thyroïdiennes auto-immunes sont les plus fréquentes (14,8 %), suivies du lichen scléreux génital (6,5 %) et de la polyarthrite rhumatoïde (5,8 %). Sur le plan clinique, le type "plaque" limité domine (45,8 %), mais le type généralisé est particulièrement fréquent dans cette étude (36,8 %). Concernant le risque oncologique, bien que le cancer du sein soit le plus rapporté (7,1 %), l'incidence globale ne suggère pas de surrisque de cancer lié à la morphée. Les manifestations extra cutanées (musculosquelettiques) sont significativement plus fréquentes chez les patients dont la maladie a débuté durant l'enfance (14,8 % contre 1,6 % chez les adultes). Sur le plan thérapeutique, le recours aux traitements lourds est fréquent, notamment la photothérapie utilisée chez 40,6 % des patients (majoritairement UVA1) et efficace dans 78 % des cas. Par ailleurs, 26,5 % des patients reçoivent des traitements systémiques, le méthotrexate étant la molécule la plus utilisée (16,1 %) avec une amélioration notée chez 64 % des patients traités. Cette étude finlandaise met en lumière des points cruciaux pour la pratique quotidienne, soulignant l’importance d’une réflexion transversale et multidisciplinaire, y compris dans les morphées où l’atteinte cutanée semble isolée au premier plan. Elle est cependant limitée par son design rétrospectif et un biais de recrutement probable vers un centre de soins tertiaires, ce qui peut expliquer la proportion élevée de formes sévères ou généralisées. L'absence de groupe témoin issu de la population générale empêche également le calcul précis du risque relatif de cancer.
Kortelainen S, Hieta N, Rissanen T, Paltta J, Pirilä L, Kähäri VM. Localized scleroderma and related comorbidities: a single-centre cohort study. Br J Dermatol. 2026;194(2):351-358. doi:10.1093/bjd/ljaf419
https://doi.org/10.1016/S0140-6736(25)02152-X
La dermatite atopique modérée à sévère est une maladie inflammatoire chronique à fort impact, dont les traitements actuels restent imparfaits, notamment en raison d’une réponse incomplète et d’une action principalement limitée aux voies Th2. Ces deux essais de phase 3 randomisés, en double aveugle contre placebo (IGNITE, n=760 ; HORIZON, n=726), évaluent le rocatinlimab, un anticorps monoclonal ciblant le récepteur OX40 exprimé par les lymphocytes T activés. En bloquant ce signal co-stimulateur, il inhibe l’expansion et favorise la réduction des lymphocytes T effecteurs et mémoires pathogènes, contribuant à rééquilibrer la réponse immunitaire. Les deux études atteignent leurs co-critères principaux. À S24, l’EASI-75 est obtenu dans IGNITE chez 42 % (300 mg) et 36 % (150 mg) versus 13 % sous placebo (p<0,001), et dans HORIZON chez 33 % versus 14 % (p<0,001). Une réponse IGA 0/1 est observée chez 24 % et 19 % versus 9 % dans IGNITE, et 19 % versus 7 % dans HORIZON. Les critères secondaires confirment ces résultats : à S24, l’EASI-90 est atteint chez 25–27 % sous rocatinlimab versus 5–7 % sous placebo. L’amélioration du prurit (≥4 points) concerne 26–28 % versus 9–10 %, celle de la douleur cutanée environ 26–31 % versus 8–10 %, et la qualité de vie 46–55 % versus 24–25 %. Une amélioration est également observée sur les atteintes faciales et des mains. Les réponses augmentent progressivement jusqu’à S24, sans plateau. La tolérance est globalement comparable au placebo, avec surtout des réactions liées à l’injection (fièvre 10–15 %, frissons 5–6 %), généralement légères à modérées. Les événements graves restent rares (2–5 %). Les limites incluent la durée de suivi courte, l’usage de traitements de secours et l’absence de données à long terme. Ces résultats confirment l’intérêt du ciblage d’OX40 comme nouvelle stratégie immunomodulatrice agissant en amont, au-delà de la seule voie Th2.
Guttman-Yassky E, Kabashima K, Worm M, et al. Efficacy and safety of rocatinlimab for the treatment of moderate-to-severe atopic dermatitis in ROCKET-IGNITE and ROCKET-HORIZON: two global, double-blind, placebo-controlled, randomised phase 3 clinical trials. Lancet. 2026;407(10523):53-66. doi:10.1016/S0140-6736(25)01865-3
https://doi-org.docelec.univ-lyon1.fr/10.1111/jdv.20725
Dans le pemphigus, l’IFD montre classiquement un pattern intercellulaire (ou N-pattern). Le pattern combiné (ou C-pattern), associant dépôts intercellulaires et de la jonction dermo-épidermique, est décrit comme un critère mineur de pemphigus paranéoplasique (PNP), mais reste mal caractérisé. Cette étude rétrospective monocentrique (2014–2023) compare ces deux profils. Parmi 94 patients, 26,6% présentent un C-pattern. Les lésions polymorphes sont plus fréquentes dans ce groupe (20% vs 3%, p=0,01). Un cancer est retrouvé chez 20% des patients C-pattern (vs 5,7%), majoritairement déjà connu avant le diagnostic de pemphigus. La sensibilité du C-pattern pour un cancer associé est de 56% et la spécificité de 76%. Le C-pattern correspond le plus souvent à des dépôts de C3 sans IgG (88%). Les anticorps anti-plakines sont détectés chez 72% des patients testés, mais sans corrélation stricte avec le cancer. Au total, 24% des patients C-pattern remplissent les critères de PNP/PAMS. Les limites incluent le faible effectif, le design rétrospectif monocentrique, les données immunologiques incomplètes, et l’absence de dépistage oncologique systématique dans le groupe N-pattern, limitant l’interprétation des performances diagnostiques. Ces résultats suggèrent que le C-pattern en IFD est relativement fréquent et constitue un signal d’alerte justifiant un dépistage oncologique et un suivi rapproché.
Emile J, Grootenboer-Mignot S, Ortonne N, Papouin B, Belmondo T, Ingen-Housz-Oro S. Combined intercellular and basement membrane zone deposits in pemphigus: Frequency and implications. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2026;40(1):e20-e22. doi:10.1111/jdv.20725
DOI: 10.1111/jdv.70269
L’hidradénite suppurée modérée à sévère peut être traitée par plusieurs biothérapies, mais les données comparatives directes à long terme restent limitées, notamment au-delà de 16 semaines. Cette étude réalise une revue systématique suivie d’une comparaison indirecte ajustée (MAIC) afin d’évaluer l’efficacité relative du bimekizumab, du sécukinumab et de l’adalimumab à 48–52 semaines. Les données individuelles des essais BE HEARD I/II (bimekizumab) sont pondérées pour correspondre aux caractéristiques basales des essais SUNRISE/SUNSHINE (sécukinumab) et PIONEER (adalimumab). À 48–52 semaines, le bimekizumab présente des probabilités de réponse significativement plus élevées que le sécukinumab. Les odds ratios sont de 2,68 pour HiSCR50 (IC95% 1,71–4,19), 2,20 pour HiSCR75 (1,48–3,26), 2,00 pour HiSCR90 (1,32–3,02) et 1,84 pour HiSCR100 (1,17–2,90). Des résultats similaires sont observés pour les critères IHS4 (IHS4-55 OR 2,27 ; IC95% 1,48–3,48) ainsi que pour la réduction ≥50% des nodules/abcès (OR 3,75). Le bimekizumab est également associé à moins de poussées (OR 0,58) et à une amélioration de la qualité de vie (DLQI MCID OR 2,18). Comparé à l’adalimumab, il augmente aussi la probabilité de HiSCR50 (OR 2,57 ; IC95% 1,48–4,44) et HiSCR75 (OR 1,84 ; IC95% 1,08–3,13).Les limites principales résident dans l’absence d’essais comparatifs directs et l’utilisation d’une MAIC non ancrée, nécessitant l’ajustement des caractéristiques basales entre essais. Des facteurs pronostiques non mesurés peuvent persister et les analyses de sécurité n’ont pas été possibles en raison du faible nombre d’événements. Malgré ces limites, l’étude suggère une efficacité durable supérieure du bimekizumab dans l’hidradénite suppurée modérée à sévère.
Tzellos T, Piguet V, Mørup MF, et al. Long-term efficacy of biologics in moderate-to-severe hidradenitis suppurativa: A systematic review and MAIC. J Eur Acad Dermatol Venereol. Published online January 28, 2026. doi:10.1111/jdv.70269
ALLERGOLOGIE
DOI : 10.1016/j.jaad.2025.05.1419
La pustulose exanthématique aiguë généralisée (PEAG) est une réaction cutanée sévère, le plus souvent médicamenteuse, caractérisée par l’apparition brutale de pustules stériles non folliculaires sur fond érythémateux. Les corticoïdes systémiques constituent le traitement habituel mais leur utilisation à fortes doses soulève des préoccupations liées aux effets indésirables. Le sécukinumab, inhibiteur de l’IL-17A, a été proposé comme option thérapeutique dans quelques observations isolées. Cette étude rétrospective monocentrique analyse 51 patients atteints de PEAG confirmée (score EuroSCAR ≥8) entre 2015 et 2024. Trente-cinq patients reçoivent des corticoïdes seuls et 16 une association corticoïdes + sécukinumab (300 mg en injection SC unique). Les anomalies biologiques fréquentes incluent une hyperleucocytose (≈86-88 %), une neutrophilie (≈68-71 %), une élévation de la CRP (43-63 %), une augmentation du D-dimère (72-88 %) et des troubles hydro-électrolytiques comme l’hypokaliémie (≈38-40 %) ou l’hyponatrémie (≈13-29 %). L’analyse d’efficacité montre une amélioration clinique plus rapide dans le groupe combinaison. Le délai médian de régression des pustules est de 2 jours (IQR 1,25-3) contre 6 jours (IQR 5-6) sous corticoïdes seuls (p<0,0001). La normalisation de la température est également plus rapide (2 vs 3 jours, p=0,0378) et la durée d’hospitalisation plus courte (7 vs 8 jours, p=0,0233). La dose initiale de méthylprednisolone est significativement plus faible dans le groupe combinaison (0,57 mg/kg/j vs 0,94 mg/kg/j, p<0,0001). Les effets indésirables liés aux corticoïdes, notamment infections ou hypertension, semblent moins fréquents dans ce groupe. Sur le plan physiopathologique, la PEAG implique une réponse immunitaire de type Th17 avec production d’IL-17 favorisant le recrutement neutrophilique, ce qui fournit une base biologique à l’utilisation du sécukinumab. Les principales limites sont le caractère rétrospectif, l’effectif réduit et l’absence de randomisation. Des essais contrôlés multicentriques restent nécessaires pour confirmer l’intérêt et la sécurité à long terme de cette stratégie thérapeutique.
Lv XQ, Ruan SF, Chen JW, et al. Evaluation of combination therapy with secukinumab and systemic corticosteroids for acute generalized exanthematous pustulosis: A retrospective cohort study. J Am Acad Dermatol. 2025;93(4):1075-1077. doi:10.1016/j.jaad.2025.05.1419
https://doi.org/10.1111/all.70172
La dermatite atopique est une dermatose inflammatoire chronique fréquente, caractérisée par un prurit intense et un retentissement majeur sur la qualité de vie. Bien que les biothérapies ciblant la voie Th2 transforment la prise en charge de la dermatite atopique, une proportion non négligeable de patients ne sont pas contrôlés ou ne tolèrent pas bien les traitements. Dans ce contexte, l’interleukine-18 (IL-18) apparaît comme une cible thérapeutique intéressante. Cette cytokine joue un rôle central dans l’immunité cutanée en modulant à la fois les réponses immunitaires Th1 et Th2, en participant à l’inflammation et à l’altération de la barrière cutanée. Cette étude à pour objectif d’évaluer l’efficacité clinique et les effets moléculaires d’un anticorps monoclonal anti-IL-18, l’aletekitug, chez des adultes atteints de dermatite atopique modérée à sévère. Il s’agit donc d’un essai multicentrique randomisé, en double aveugle contre placebo, incluant 34 patients ayant reçu soit une perfusion intraveineuse unique d’aletekitug (2 mg/kg), soit un placebo, avec un suivi de 24 semaines. Le critère de jugement principal est la variation relative du score EASI à 12 semaines. Les résultats montrent une amélioration clinique supérieure dans le groupe anti-IL18 avec une réduction médiane du score EASI est de −68,3 % contre −32,9 % sous placebo à 12 semaines avec une différence absolue de -35,3 statistiquement significative (−51.76, −18.34, 95%). Cette amélioration persiste jusqu’à 24 semaines après une seule injection. Il existe également dans le groupe traitement une diminution notable du prurit, une amélioration du sommeil, de la fatigue et de la qualité de vie, confirmant la cohérence entre les critères cliniques et les données rapportées par les patients. L’étude met aussi en évidence des effets moléculaires intéressants notamment avec l’analyse transcriptomique cutanée qui montre une modulation large des voies inflammatoires, avec un profil génétique des lésions cutanées qui évoluent vers celui d’une peau non lésée. L’inhibition de l’IL-18 agit non seulement sur l’immunité de type 2 mais aussi sur d’autres axes inflammatoires (Th1, IL-17, IL-6), suggérant un mécanisme d’action plus global que celui des biothérapies actuellement disponibles. La tolérance apparaît globalement satisfaisante, avec des effets indésirables légers à modérés comparables au placebo, aucun événement indésirable grave n’est recensé. La principale limite de l’étude est la taille de l’échantillon qui reste réduite et limite la robustesse statistique. Au total, cet essai est plutôt encourageant et soutient l’efficacité clinique de l’anti-IL18 dans la dermatite atopique modérée à sévère. Ces résultats justifient la poursuite du développement clinique de cette stratégie thérapeutique dans des études de plus grande ampleur.
Ellis J, Fortunato L, Wajdner H, et al. Clinical and Molecular Effect of the Anti-IL-18 Antibody Aletekitug in Adults With Atopic Dermatitis. Allergy. 2026;81(2):539-551. doi:10.1111/all.70172
MEDECINE INTERNE
DOI: 10.1001/jamadermatol.2025.2665
La vascularite cutanée complique le syndrome de Sjögren primitif et en constitue l'une des manifestations les plus sévères, associée à un risque accru de lymphome B et de mortalité. Pourtant, peu de données comparent les différents sous-types entre eux, notamment en termes de pronostic et de réponse thérapeutique. Cette étude rétrospective multicentrique (VasCuSjo) inclut 54 patients atteints de syndrome de Sjögren et de VC, recrutés dans trois CHU parisiens entre 2011 et 2021, complétés par un appel à cas national. Les patients sont comparés à 108 témoins Sjögren sans VC, issus de la cohorte ASSESS. La VC se présente principalement sous forme de purpura palpable (93 %), prédominant aux membres inférieurs. Les sous-types les plus fréquents sont la vascularite cryoglobulinémique (57 %, dont 83 % de type II) et la vascularite hypergammaglobulinémique (28 %). Comparés aux témoins, les patients avec VC sont plus jeunes au diagnostic (42 vs 48 ans, p = 0,02), ont plus d'atteinte du système nerveux périphérique (37 % vs 17 %, p = 0,006) et un taux de lymphome plus élevé (13 % vs 4 %, p = 0,04). Au sein des VC, la vascularite cryoglobulinémique de type II se distingue nettement : score ESSDAI plus élevé (médiane 15), atteinte rénale plus fréquente (29 % vs 4 %, p = 0,02), neuropathie périphérique plus fréquente (63 % vs 12 %, p < 0,001), et surtout un risque de décès ou de lymphome multiplié par 6,8 (HR 6,8 ; IC95% 1,8–25,5 ; p = 0,005). Le rituximab, utilisé en première ligne chez 50 % de ces patients, ne montre pas de bénéfice sur la survie ni sur la prévention du lymphome. Pour les autres VC, l'hydroxychloroquine et la colchicine obtiennent un taux de réponse cutanée favorable (87 %).Les principales limites sont le design rétrospectif avec données manquantes, l'effectif réduit limitant la puissance statistique, l'absence de confirmation histologique chez la moitié des patients, et un recrutement en centres tertiaires pouvant surestimer la sévérité des cas.
Breillat P, Le Guern V, d'Humières T, et al. Cutaneous Vasculitis in Primary Sjögren Disease. JAMA Dermatol. Published online August 6, 2025. doi:10.1001/jamadermatol.2025.2665
DOI: 10.1001/jamadermatol.2025.4586
Les SMD et la LMMC sont des néoplasies myéloïdes clonales fréquemment associées à des maladies inflammatoires (10–25 % des cas). Parmi celles-ci, les manifestations lupiques restent exceptionnelles et mal décrites, avec des tableaux souvent atypiques et réfractaires aux traitements standards. Cette étude rétrospective multicentrique française (13 centres, 1975–2023) inclut 24 patients présentant un LE associé à un SMD ou une LMMC. Les patients sont majoritairement masculins (63 %), d'âge médian 65 ans, et ont une maladie hématologique de bas risque (IPSS-R ≤ 3,5) dans 92 % des cas. Comparés à 38 témoins atteints de lupus idiopathique, ces patients présentent moins d'atteinte rénale (10 % vs 71 %), moins d'atteinte articulaire (36 % vs 97 %), des anticorps anti-ADN double brin moins fréquents (32 % vs 76 %), et des titres d'AAN plus bas. Le lupus engelure est la manifestation cutanée prédominante (35 % des atteintes cutanées), souvent localisé aux doigts et aux oreilles. La relecture centralisée des biopsies cutanées est particulièrement instructive : 50 % des prélèvements sont reclassés en « MDS cutis », avec mise en évidence d'une infiltration par des cellules myéloïdes clonales immatures. Sur 8 patients ayant bénéficié d'un séquençage appariés sang/peau, 6 partagent des variants myéloïdes identiques dans les deux tissus, confirmant l'origine clonale de l'inflammation cutanée. Sur le plan thérapeutique, l'hydroxychloroquine seule n'obtient une réponse complète que dans 27 % des cas. En revanche, les traitements ciblant le clone donnent de meilleurs résultats : parmi les 5 patients traités par azacitidine avec suivi disponible, 3 obtiennent une rémission complète du lupus, et le patient greffé obtient une double rémission hématologique et lupique. Limites principales : effectif réduit, design rétrospectif, hétérogénéité des panels NGS utilisés, et absence de groupe contrôle pour les formes cutanées pures.
Chauffier J, Jachiet V, Battistella M, et al. Lupuslike Manifestations in Myelodysplastic Syndromes and Chronic Myelomonocytic Leukemia. JAMA Dermatol. 2026;162(1):31-40. doi:10.1001/jamadermatol.2025.4586
DOI: 10.1001/jamadermatol.2025.4824
La dermatomyosite est une myopathie inflammatoire idiopathique dont le risque de cancer associé est 4,6 fois supérieur à celui de la population générale, avec une fenêtre de risque s'étendant 3 ans avant et après le diagnostic. Si plusieurs facteurs prédictifs sont connus (sexe masculin, âge avancé, anticorps anti-TIF1-γ), aucun outil clinique multicentrique validé n'est disponible à ce jour pour guider le dépistage. Cette étude rétrospective multicentrique inclut 546 adultes atteints de DM ou de DM cliniquement amyopathique (DCAM), issus de deux hôpitaux universitaires de Shanghai : une cohorte d'entraînement (n=284, dermatologie, Ruijin Hospital) et une cohorte de validation externe (n=262, rhumatologie, Renji Hospital). Grâce à une régression LASSO puis une régression logistique multivariée, cinq facteurs indépendants sont identifiés et intégrés dans le modèle TIP-CA :
- T — Anticorps anti-TIF1-γ positif (+1 point) — OR 3,77
- I — Pneumopathie interstitielle présente (0 point) — OR 0,39
- P — Poïkilodermie présente (+1 point) — OR 3,05
- C — DM classique vs DCAM (+1 point) — OR 2,76
- A — Anémie présente (+1 point) — OR 2,44
Le score total (0–5) stratifie les patients en risque faible (0–1), modéré (2–3) et élevé (4–5). Les performances sont bonnes et reproductibles : AUC de 0,809 (sensibilité 74 %, spécificité 72 %) dans la cohorte d'entraînement et AUC de 0,808 (sensibilité 82 %, spécificité 66 %) dans la cohorte de validation, avec un seuil optimal à 2,5 points. Les principales limites incluent le design rétrospectif, des cohortes exclusivement chinoises (généralisabilité incertaine), et le fait que le modèle prédit une association contemporaine au cancer — et non un risque futur — ce qui en restreint l'usage prospectif.
Ye J, Wu W, Wu H, et al. A Novel Tool for Predicting Malignant Disease in Adult Patients With Dermatomyositis. JAMA Dermatol. 2026;162(2):176-180. doi:10.1001/jamadermatol.2025.4824
https://doi.org/10.1111/jdv.70291
Le lupus érythémateux cutané (LEC) regroupe un ensemble hétérogène d’atteintes cutanées inflammatoires, incluant les formes aiguës, subaiguës et chroniques, souvent responsables d’un retentissement fonctionnel, esthétique et psychologique significatif. Malgré les progrès dans la compréhension de sa physiopathologie, les options thérapeutiques spécifiques restent limitées. La prise en charge repose essentiellement sur les antipaludéens de synthèse, les dermocorticoïdes, les corticoïdes systémiques et divers immunosuppresseurs, dont l’efficacité est variable et la tolérance parfois imparfaite. Sur le plan physiopathologique, l’implication majeure de l’immunité innée, en particulier des cellules dendritiques plasmacytoïdes et de la voie de l’interféron de type I, est désormais bien établie, faisant de ces voies des cibles thérapeutiques particulièrement prometteuses. Le litifilimab est un anticorps monoclonal humanisé dirigé contre BDCA2, un récepteur exprimé spécifiquement à la surface des cellules dendritiques plasmacytoïdes. Son activation inhibe la production d’interféron de type I et module l’inflammation cutanée lupique. L’étude de phase 2 LILAC évalue l’efficacité et la tolérance du litifilimab chez des patients présentant un lupus érythémateux cutané actif. L’analyse rapportée concerne la partie B de l’essai et inclut 132 patients ayant une activité cutanée significative définie par un score CLASI-A ≥ 8. Les participants reçoivent différentes doses de litifilimab (50 mg, 150 mg ou 450 mg) ou un placebo pendant 16 semaines. Concernant les résultats de l’étude, il existe une amélioration clinique chez les patients traités par litifilimab comparativement au placebo, à la semaine 16, les taux de réponse CLASI-20, CLASI-50, CLASI-70 et CLASI-90 sont systématiquement plus élevés dans les groupes traités. Une diminution cliniquement significative du score CLASI-A (≥ 7 points) est observée chez 30,8 % à 48,0 % des patients recevant le litifilimab, contre 21,9 % sous placebo. Dès la quatrième semaine, notamment pour les réponses CLASI-20 et CLASI-50, on observe déjà une amélioration clinique. Par ailleurs, seuls les patients traités atteignent un état cutané « clair » ou « presque clair » (CLASI-A ≤ 3). Ces bénéfices sont observés indépendamment du sous-type de lupus cutané, de la sévérité initiale ou de la présence d’un lupus systémique associé. Cette étude présente néanmoins certaines limites. Les analyses étant post hoc, elles doivent être interprétées avec prudence. Par ailleurs, la durée relativement courte du suivi ne permet pas d’apprécier pleinement la persistance de la réponse ni l’impact éventuel sur les lésions cicatricielles. Les comparaisons entre les différentes doses demeurent exploratoires et certains sous-groupes incluent des effectifs restreints. Malgré ces réserves, ces résultats renforcent l’intérêt du ciblage des cellules dendritiques plasmacytoïdes et de la voie de l’interféron dans le lupus érythémateux cutané et soutiennent la poursuite du développement clinique du litifilimab.
Werth VP, Merola JF, Furie R, et al. Litifilimab efficacy on skin outcomes in cutaneous lupus erythematosus in the Phase 2 LILAC study. J Eur Acad Dermatol Venereol. Published online January 23, 2026. doi:10.1111/jdv.70291
DOI : 10.1016/j.jaad.2025.08.092
L’anifrolumab, anticorps monoclonal ciblant le récepteur de l’interféron de type I, est efficace dans le lupus systémique avec atteinte cutanée. Cependant, les données restent limitées en vie réelle, notamment pour des critères de réponse exigeants (amélioration ≥ 70% du score d’activité Cutaneous Lupus Disease Area and Severity Index, CLASI-70 et réponse complète ou quasi-complète, CLASI 0 ou 1) et pour l’identification de facteurs prédictifs de réponse.
Cette cohorte prospective multicentrique de 57 patients confirme une efficacité élevée de l’anifrolumab, avec 77% de CLASI-70 et 53% de réponse complète ou quasi-complète à 6 mois, après un délai de respectivement 6 et 7 mois de traitement, quels que soient les sous-types de lupus cutané. L’étude met en évidence des facteurs associés à la réponse : une activité cutanée initiale modérée à sévère (CLASI ≥ 10) et l’utilisation de thalidomide ou lénalidomide sont négativement associés à l’obtention d’un CLASI-A 0/1. La persistance à 6 mois d’un taux élevé d’activité IFNα est associée à la probabilité d’obtenir un CLASI-A 0/1, ce qui n’est pas le cas d’un taux élevé d’activité IFNα à baseline, suggérant un intérêt du suivi des biomarqueurs plutôt que de leur valeur initiale. Les facteurs prédictifs d’un CLASI-70 à 6 mois sont, en analyse univariée, la positivité des anti-ADN double brin, l’usage concomitant d’immunosuppresseurs un taux sérique élevé d’IFNα.
Il s’agit d’une étude observationnelle sans groupe contrôle, avec un effectif modeste et une population sélectionnée (patients lupiques systémiques traités en centres universataires). Les analyses multivariées restent limitées, et plusieurs associations observées en univarié ne persistent pas. L’interprétation des biomarqueurs IFN reste exploratoire.
de La Rochefoucauld J, Teboul A, Ait Abdallah N, Sonigo G, Papo M, Charre C, Fouquet B, Sterlin D, Gorochov G, Mathian A, Amoura Z, Chasset F. Predictors of response to anifrolumab in cutaneous lupus erythematosus: A prospective cohort study of 57 patients. J Am Acad Dermatol. 2026 Jan;94(1):235-238. doi: 10.1016/j.jaad.2025.08.092. Epub 2025 Sep 4. PMID: 40914462.
DERMATOLOGIE INFECTIEUSE
La vaccination HPV est cruciale mais sous-utilisée mondialement, freinant l'éradication des cancers induits. En responsabilité, le schéma vaccinal multidose contre le papillomavirus humain (HPV) reste un obstacle à une couverture vaccinale mondiale optimale, qui ne plafonne qu'à 27 % chez les adolescentes. L’essai randomisé ESCUDDO évalue donc la non-infériorité d'une dose unique par rapport à deux doses pour prévenir les infections persistantes par HPV 16/18. Cette étude, menée au Costa Rica, inclut 20 330 jeunes filles de 12 à 16 ans, réparties pour recevoir une ou deux doses de vaccin bivalent ou nonavalent. Le critère d'évaluation principal était l'apparition d'une nouvelle infection par le VPH de type 16 ou 18 entre le 12e et le 60e mois et persistant pendant au moins 6 mois. La marge de non-infériorité prédéfinie était de 1,25 infection pour 100 participants. Après un suivi de 5 ans, les résultats confirment la non-infériorité d'une dose unique pour prévenir les infections persistantes par HPV 16 et 18, quel que soit le type de vaccin. Concernant le vaccin bivalent, la différence de taux d'infection entre une et deux doses est de -0,13 pour 100 participants. Avec le vaccin nonavalent, la différence est de 0,21 pour 100 participants. Au total, l’efficacité dépasse 97 % dans les quatre groupes de l'étude pour les types 16/18. Ces données soutiennent les recommandations de l'OMS pour une dose unique, facilitant l'accès global. Toutefois, la durabilité de la protection au-delà de 5 ans reste à confirmer par des suivis plus longs. De plus, l'efficacité est estimée par comparaison avec un groupe témoin non randomisé, ce qui constitue un biais méthodologique potentiel, bien que les ajustements statistiques soient rigoureux.
Kreimer AR, Porras C, Liu D, et al. Noninferiority of One HPV Vaccine Dose to Two Doses. N Engl J Med. 2025;393(24):2421-2433. doi:10.1056/NEJMoa2506765
https://doi.org/10.1016/S0140-6736(25)01953-1
Les infections urogénitales à gonocoque demeurent un problème majeur de santé publique mondiale, avec plus de 80 millions de nouveaux cas estimés chaque année. L’émergence rapide de résistances aux antibiotiques, notamment aux fluoroquinolones, à l’azithromycine et plus récemment aux céphalosporines de troisième génération comme la ceftriaxone, compromet les stratégies thérapeutiques actuelles. Dans ce contexte, le développement de nouvelles molécules efficaces et administrables par voie orale constitue une priorité. La zoliflodacine est un nouvel antibiotique oral innovant appartient à la classe des spiropyrimidinetriones, et cible l’ADN gyrase bactérienne via un mécanisme distinct des antibiotiques existants. Cet essai clinique est une étude de phase 3 de non infériorité, randomisé, contrôlé et en ouvert, qui évalue l’efficacité et la tolérance d’une dose orale unique de zoliflodacine (3 g) comparée au traitement standard associant ceftriaxone intramusculaire (500 mg) et azithromycine orale (1 g) chez des patients présentant une infection à gonocoque urogénitale non compliquée. Au total, 930 patients sont randomisés (ratio 2:1), dont 621 reçoivent le zoliflodacin et 309 le traitement de référence. L’âge moyen est d’environ 30 ans et la majorité des participants (88%) sont des hommes. Le critère principal est la guérison microbiologique, définie par l’éradication de Neisseria gonorrhoeae à J6 ± 2. Concernant les résultats principaux de l’étude, le taux de guérison urogénitale atteint 90,9 % avec le zoliflodacine contre 96,2 % avec le traitement standard, avec une différence estimée à 5,3 % (IC 95 % 1,4–8,6), respectant la marge de non-infériorité fixée à 12 %. Aucune émergence significative de résistance au nouvel antibiotique n’est observée durant l’étude. Le profil de tolérance est globalement satisfaisant et comparable entre les deux stratégies thérapeutiques. Les effets les plus fréquents sous zoliflodacine sont les céphalées (10 %), la neutropénie (7 %) et la leucopénie (4 %). Aucun événement indésirable grave lié au traitement n’est rapporté. Cette étude présente plusieurs points forts, notamment son effectif important, la diversité géographique des participants et l’inclusion de populations clés telles que les patients vivant avec le VIH. Toutefois, certaines limites doivent être soulignées : le caractère ouvert de l’étude, imposé par les modalités d’administration différentes, le faible nombre de femmes et d’adolescents limite l’extrapolation des résultats à ces populations. Au total, dans cette étude, la zoliflodacine orale en dose unique est non inférieure au traitement standard de la gonorrhée urogénitale non compliquée, avec un profil de tolérance favorable. Cette molécule représente une option thérapeutique prometteuse, susceptible d’améliorer l’accès au traitement et de répondre au défi croissant de l’antibiorésistance dans les infections gonococciques.
Luckey A, Balasegaram M, Barbee LA, et al. Zoliflodacin versus ceftriaxone plus azithromycin for treatment of uncomplicated urogenital gonorrhoea: an international, randomised, controlled, open-label, phase 3, non-inferiority clinical trial. Lancet. 2026;407(10524):147-160. doi:10.1016/S0140-6736(25)01953-1
doi:10.1111/jdv.20810
T.Indotineae s’impose comme une cause majeure de dermatophytoses complexes, caractérisées par des formes étendues, récidivantes et souvent réfractaires aux traitements habituels.
Sa présence désormais documentée dans plus de 40 pays, associée à des taux de résistance pouvant atteindre jusqu’à 71 % en Inde, met en évidence l’importance épidémiologique croissante de cette souche dans l’évolution des dermatophytose et de leur prise en charge. Cette revue (82 études incluses) décrit une prédominance des atteintes multisites (61,1 %), avec tinea cruris (17,3 %) et corporis (16,2 %). La transmission est principalement interhumaine. Sur le plan thérapeutique, une résistance élevée à la terbinafine est observée (≈78,9–82,5 %), avec des MIC ≥4 µg/mL dans 58,5–70,5 % des isolats. Des résistances sont aussi fréquentes pour fluconazole et griséofulvine, et émergentes pour itraconazole (≈37,6 % selon CLSI) ainsi que pour les triazolés plus récents. Les mutations du gène SQLE, en particulier Phe397Leu, constituent un mécanisme clé de résistance à la terbinafine, en altérant la squalène époxydase, enzyme essentielle de la voie de biosynthèse de l’ergostérol, ce qui diminue l’affinité du médicament pour sa cible et augmente les MIC, avec une corrélation entre certains variants (Leu393Ser/Phe, Phe397Leu) et les échecs thérapeutiques. Dans ce contexte, les outils de diagnostic moléculaire (séquençage ITS, PCR, MALDI-TOF) prennent une place centrale, permettant une identification précise de T. indotineae au sein du complexe T. mentagrophytes et, à terme, une meilleure adaptation thérapeutique et épidémiologique. Sur le plan thérapeutique, l’itraconazole est privilégié en traitement de première intention des formes résistantes, avec des durées prolongées (4 à 12 semaines) et parfois un monitoring des concentrations. En cas d’échec ou de résistance, des alternatives comme le voriconazole ou le posaconazole peuvent être utilisées, souvent hors AMM, associées à des topiques et à une prise en charge des facteurs favorisants et des contacts.Les limites incluent l’hétérogénéité des méthodes (CLSI/EUCAST), l’absence de seuils cliniques validés, la variabilité des MIC et l’accès limité aux techniques diagnostiques avancées.
Gupta AK, Susmita, Nguyen HC, et al. Trichophyton indotineae: Epidemiology, antifungal resistance and antifungal stewardship strategies. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2026;40(1):29-45. doi:10.1111/jdv.20810
DERMATOLOGIE PEDIATRIQUE
DOI: 10.1001/jamadermatol.2025.5662
Le traitement standard de la sclérodermie localisée juvénile (SLJ) repose sur le méthotrexate (MTX), généralement en association avec des corticoïdes, mais ses effets indésirables compromettent souvent l'observance. Cette étude de cohorte rétrospective menée sur 114 patients (67,5 % de filles, âge médian au début de 8,3 ans) évalue si le mycophénolate mofétil (MMF) constitue une alternative viable. Elle a été menée à l'hôpital pour enfants UPMC de Pittsburgh auprès de patients atteints de sclérodermie juvénile (SJ) diagnostiquée avant 18 ans par un médecin et inscrits au Registre national de la sclérodermie à début infantile avant l’âge de 21 ans. L'analyse compare trois groupes : MTX monothérapie (59,6 %), MMF monothérapie (24,6 %) et une thérapie combinée associant le MTX et MMF (15,8 %). Les résultats montrent une amélioration significative dans tous les groupes, avec un score médian d’activité cutanée (mLoSSI) atteignant 0 en 12 mois. Aucune différence significative n'est observée concernant le taux de rechute (HR 0,85) ou la réduction de l'activité entre le MTX et le MMF. Le MMF se distingue par un profil de sécurité nettement plus favorable. En comparaison, le groupe MTX présente des taux de fatigue (47 % vs 11 %) et de nausées (60 % vs 7 %) considérablement plus élevés. L'anxiété et les vomissements anticipatoires sont également presque exclusivement rapportés sous MTX. Ces données suggèrent donc que le MMF pourrait être considéré comme un traitement de première ligne, offrant un contrôle de la maladie identique au MTX avec une meilleure adhésion potentielle grâce à sa tolérance. Cependant, la nature rétrospective de l'étude et les tailles de groupes inégales appellent à confirmer ces résultats par des essais prospectifs randomisés de non-infériorité.
de Rosas EC, Wang JC, Zigler CK, Torok KS. Methotrexate and Mycophenolate Mofetil and Clinical Response in Juvenile Localized Scleroderma. JAMA Dermatol. Published online January 28, 2026. doi:10.1001/jamadermatol.2025.5662
https://doi-org.docelec.univ-lyon1.fr/10.1111/jdv.20675
La pemphigoïde des muqueuses (MMP) de l’enfant est une dermatose bulleuse auto-immune rare, encore mal caractérisée, associée à un risque cicatriciel et à un diagnostic souvent retardé. Cette étude rétrospective multicentrique analyse 12 cas pédiatriques afin de mieux préciser ses caractéristiques cliniques, histologiques, immunologiques et thérapeutiques. Les patients sont majoritairement des filles (11/12), avec un âge médian de début de 7 ans et 8 mois. L’atteinte est principalement génitale (7/12), suivie des localisations orale (5/12), nasale (2/12), ophtalmologique (1/12) et pulmonaire (1/12). Trois patients présentent des atteintes muqueuses multiples et cinq développent des cicatrices. L’histologie montre, dans 100 % des cas, une bulle sous-épidermique. La DIF est positive dans 10/12 cas. Le délai médian de confirmation est de 4 mois pour l’histologie et de 6 mois pour l’immunologie. Sur le plan thérapeutique, 7 patients reçoivent des dermocorticoïdes forts, efficaces seuls dans un seul cas. Les traitements systémiques incluent la dapsone (8/12), la doxycycline (5/12), les corticoïdes oraux (3/12) et le rituximab (2 cas). Après un suivi médian de 4 ans, 5 patients sont en rémission complète et 7 en rémission partielle. Les formes sévères nécessitent une escalade thérapeutique, avec un cas de complication iatrogène sévère (septicémie). Cette étude apporte une meilleure caractérisation d’une entité pédiatrique sous-diagnostiquée, souligne la fréquence des formes génitales et confirme la persistance d’une difficulté diagnostique majeure. Les principales limites sont le faible effectif, le caractère rétrospectif et l’hétérogénéité des explorations et des traitements.
Chêne L, Le Roux-Villet C, Martin L, et al. Characterization of mucous membrane pemphigoid in childhood: A multicentre study of 12 cases. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2025;39(12):e999-e1002. doi:10.1111/jdv.20675
DERMATOLOGIE INTERVENTIONNELLE
DOI: 10.1038/s41467-025-65972-w
Le pronostic du mélanome repose actuellement sur l'épaisseur de Breslow et l'ulcération histologique, deux paramètres disponibles uniquement après exérèse. Des outils moléculaires existent mais leur utilisation clinique reste limitée. La dermoscopie corrèle déjà avec certains marqueurs histologiques, mais sa valeur prédictive directe sur la survenue de métastases n'avait jamais été étudiée à grande échelle. Cette étude rétrospective multicentrique inclut 524 patients atteints de mélanome cutané (stade IB et au-delà), issus de 10 centres mondiaux. Des métastases ont été notées chez 222 patients (42%). Trente dermatologues évaluent 776 images dermoscopiques selon des critères prédéfinis. Trois modèles prédictifs de métastase sont comparés : dermoscopie seule (modèle 1), histopathologie seule — Breslow + ulcération — (modèle 2), et modèle combiné (modèle 3). En analyse multivariée, le voile bleu-blanc (OR 6,43) et l'ulcération dermoscopique extensive (>50 % de la lésion, OR 3,45) sont associés à un risque accru de métastase, tandis qu'une pigmentation étudendue (>75% de la surface de la lésion) et une régression étendue (>50% de la surface de la lésion) constituent des facteurs protecteurs. Le modèle 1 atteint une AUC de 0,802 sur le jeu d'entraînement et 0,814 sur le jeu test, performances comparables au modèle 2 (AUC 0,758 et 0,772) et non statistiquement différentes. Le modèle combiné est numériquement supérieur (AUC 0,824 et 0,834). Dans les mélanomes de stade précoce, les mêmes critères dermoscopiques prédisent la survie sans récidive et la survie sans métastase à distance. Fait notable, dans le groupe AJCC à faible risque (stade IB/IIA), le modèle 1 identifie 69,7 % des rechutes dans le jeu d'entraînement. Les limites principales sont le caractère rétrospectif de l'étude, un accord inter-observateurs seulement modéré pour plusieurs critères (et notamment les critères du niveau de pigmentation, des ulcérations ainsi que des atteintes vasculaires), un biais de sélection vers les tumeurs épaisses (épaisseur médiane 3,8 mm), et l'absence de données histologiques complètes pour tous les patients. Une validation prospective reste indispensable.
Lallas K, Kittler H, Tschandl P, et al. Predictive models of melanoma metastasis based on dermatoscopy in an international retrospective human reader study. Nat Commun. 2025;16(1):10940. Published 2025 Dec 8. doi:10.1038/s41467-025-65972-w
IMAGERIE ET NOUVELLES TECHNOLOGIES
DOI : 10.1016/j.jaad.2025.07.027
La mélanonychie longitudinale (ML) de début précoce, apparaissant dès la naissance ou avant l’âge de 5 ans, correspond le plus souvent à des nævus matriciels congénitaux ou de type congénital (CNMN). Ces lésions peuvent mimer cliniquement et dermoscopiquement un mélanome sous-unguéal, pouvant conduire à des biopsies unguéales. Par ailleurs, certaines caractéristiques histologiques sont communes avec celles du mélanome sous-unguéal, pouvant alors conduire à des exérèses complètes de l’unité unguéale. Dans ce contexte, il est crucial de déterminer le risque réel de transformation maligne et l’histoire naturelle de ces lésions pour guider la prise en charge. Cette étude prospective multicentrique internationale (International Dermoscopy Society) apporte un suivi à long terme (5 et 10 ans) de ces lésions. Après un suivi médian d’environ 8 ans, aucun cas de mélanome sous-unguéal n’est observé, et aucun patient ne présente de signe d’invasion (évolution nodulaire, ulcération, destruction unguéale) ou de dissémination métastatique. À 5 ans, une majorité (57,8%) des lésions progresse (principalement par un élargissement), mais à 10 ans, une tendance à la régression partielle ou complète apparaît chez la majorité (72,9%) des patients. Quatre trajectoires évolutives sont décrites (régression précoce puis résolution complète ; régression précoce puis progression ; progression initiale puis régression ; progression continue), illustrant une dynamique souvent non linéaire. La majorité des patients présentant une progression initiale à 5 ans suivie d’une régression complète ou partielle à 10 ans. L’étude suggère ainsi un comportement globalement bénin et rassurant des CNMN. Les limites incluent un biais de sélection lié aux pertes de suivi et l’absence de biopsies systématiques, ce qui peut sous-estimer certaines évolutions. L’effectif reste modéré pour l’analyse à 10 ans. Malgré cela, les résultats convergent vers une faible agressivité biologique, soutenant une attitude de surveillance clinique prudente plutôt qu’une approche invasive systématique chez ces jeunes patients.
Pham FK, Akay BN, Bahadoran P, Carrera C, Martin LK, Tanaka M, Ogata D, Tromme I, Alvarez-Martinez D, Argenziano G, Bessis D, Dobrosavljevic-Vukojevic DD, Droitcourt C, Guitera P, Hudson J, Lallas A, Marghoob AA, Mijuskovic Z, Scope A, Tuma B, Dalle S, Thomas L. Five and 10-year evolution of longitudinal melanonychia appearing before the age of 5: A multicenter prospective cohort study from the International Dermoscopy Society. J Am Acad Dermatol. 2025 Nov;93(5):1324-1327. doi: 10.1016/j.jaad.2025.07.027. Epub 2025 Jul 17. PMID: 40683359.
REVUES DE LA LITTÉRATURE INTÉRESSANTES
- Berk-Krauss J, Rosenbach M. Gammapathie monoclonale de signification cutanée. J Am Acad Dermatol. DOI: 10.1016/j.jaad.2025.05.1432
- Iorizzo M, Lipner SR, Piraccini BM, Richert B, Starace M, Tosti A. Acrodermatite continue de Hallopeau : revue clinique et algorithme de prise en charge. J Am Acad Dermatol. DOI: 10.1016/j.jaad.2025.05.1438
- Zhou MH, Elston DM, Morrison BW, Lipner SR. Naltrexone à faible dose dans le traitement des dermatoses : revue clinique. J Am Acad Dermatol. Pages 200-207.
- Wyche J, Senna M, Aguh C. Approche des alopécies cicatricielles. JAMA Dermatol. 2025;161(12):1281-1282. DOI: 10.1001/jamadermatol.2025.3540
- Gupta S, Shaughnessy M, Rashid S, Fewkes J, Marghoob AA, Tsao H. Lentigo maligna – Partie I : épidémiologie, facteurs de risque et diagnostic. J Am Acad Dermatol. Publié en ligne le 20 octobre 2024.
- Gupta S, Shaughnessy M, Rashid S, Fewkes J, Marghoob AA, Tsao H. Lentigo maligna – Partie II : prise en charge. J Am Acad Dermatol. Publié en ligne le 22 octobre 2024. Pages 1399-1410.
- Schlessinger D, Ko J, Lee I, Rotemberg V, Novoa R. Intelligence augmentée et dermatologie – Partie I : concepts fondamentaux et applications. J Am Acad Dermatol. Publié en ligne le 14 mars 2025. Pages 1-8.
- Dovigi E, Wongvibulsin S, Lee I, Cai Z, Rotemberg V, Daneshjou R. Intelligence augmentée et dermatologie – Partie II : biais, benchmarks, éthique, régulation et perspectives. J Am Acad Dermatol. Publié en ligne le 14 mars 2025. Pages 11-19.
- Bissonnette R, Agner T, Molin S, Guttman-Yassky E. Eczéma des mains – Partie 1 : épidémiologie, physiopathologie, diagnostic et bilan. J Am Acad Dermatol. DOI: 10.1016/j.jaad.2024.09.048
- Bissonnette R, Agner T, Taylor JS, Molin S, Guttman-Yassky E. Eczéma des mains – Partie 2 : prévention, prise en charge et traitement. J Am Acad Dermatol. DOI: 10.1016/j.jaad.2024.09.049
RECOMMANDATIONS/CONSENSUS D'EXPERTS
Recommendations for the diagnostic work-up of cutaneous small vessel vasculitis – Position Statement of the European Academy of Dermatology and Venereology Vasculitis and Vasculopathy Task Force - https://doi-org.docelec.univ-lyon1.fr/10.1111/jdv.70249
French guidelines on systemic treatments for moderate-to-severe psoriasis in adults: Update 2025- https://doi.org/10.1111/jdv.70263
The International Guideline for the Definition, Classification, Diagnosis and Management of Urticaria - https://doi.org/10.1111/all.70210
Il s’agit d’une revue subjective de la littérature, qui se veut la plus exhaustive possible, avec de courts résumés écrits par des internes de Dermatologie Vénérologie, qui ne sont évidemment pas les spécialistes des sujets abordés et dont le contenu n’engage que le pôle rédaction et les membres de l’association ayant participé à sa rédaction. Nous vous engageons à lire les articles sélectionnés pour vous faire votre propre idée. Nous serions heureux d’avoir vos retours et critiques au mail suivant : lisa.maudet@fdvf.org
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Veille bibliographique coordonnée et rédigée par : Aline Garcia (Lyon), Emmanuel Ribereau-Gayon (Lyon), Liza Benzoni (Lyon), Julie Archimbaud (Lyon), Ellie Moschkowitz (Lyon), Elsa Schwartzberg (Paris).
